Pierre Munier est devenu champion du monde de cocktails le 26 novembre 2025 à Carthagène, en Colombie. La compétition, avec 65 nations en lice, était organisée par l’IBA (International Bartenders Association). La dernière victoire française remontait à 1982. 

Interview

Quel est votre parcours professionnel ?

Je suis issu d’une formation hôtelière classique. J’ai tout d’abord commencé par la cuisine, puis la salle. J’ai travaillé dans des étoilés Michelin : à Epinal au « Duc de Lorraine », à Nancy dans « La maison dans le parc ». J’ai fait le Centre européen d’hôtellerie à Bar-le-Duc avec lequel j’ai fait des stages à l’étranger. J’ai fini major de promotion ce qui m’a permis d’avoir une bourse d’études. C’est en stage en Angleterre que je suis tombé raide dingue du cocktail. À l’époque il y avait Alex Kratena et Monica Berg à Londres [bartender multi récompensé]. Je n’ai pas travaillé avec eux mais cela m’a influencé.
Mon rêve au début de mes études était d’avoir 3 étoiles au Guide Michelin car la cuisine est ma passion. Mais j’avais un caractère trop trempé, cela ne passait pas très bien avec les Chefs. Quand j’ai découvert les cocktails ça a été une révélation. Je peux créer et élaborer ce que j’imagine en cuisine et le transférer dans du liquide. Ma philosophie c’est cela : faire de la gastronomie liquide.
J’ai travaillé quatre ans en Angleterre, ensuite je suis rentré en France, à Nancy, Strasbourg puis je suis allé au Luxembourg et en Belgique.
J’ai fait beaucoup de concours, avec l’association internationale des barmen. J’ai été vainqueur du Bacardi legacy Benelux, 2ème au World class Benelux et au Drink designer contest, deux fois Champion du Luxembourg IBA, deux fois 4ème à l’IBA WCC (Copenhague et Prague) et finaliste du MOF barman en 2022 et 2025. J’ai fait le championnat du monde de cocktails à Pékin en 2022 et ai fini 4ème.

J’ai ouvert en 2024 mon restaurant à Agen mais je viens de le revendre. J’ai également une société de consulting. J’aide les vignerons du Roussillon à travers la société coopérative VIKA. Je créé des cocktails avec les appellations Muscat, Rivesaltes, Banyuls. Cela va être commercialisé à partir en 2025 en grande surface en « ready to serve » et pour le CHR [café, hôtel, restaurant]. Il y aura mon nom et ma photo dessus. 3 références seront proposées, dans chaque gamme (GD et CHR). La sortie officielle aura lieu à l’occasion du salon Wine Paris [du 9 au 11 février].

Je ne me définis pas comme un « mixologue ». Je n’aime pas trop ce terme. C’est un mot qui est incompréhensible du grand public. J’entends des gens qui vont dans un bar à cocktails et après qui disent « je n’ai rien compris à ce j’ai bu » et c’est vraiment dommage.
Je suis également en train de collaborer à une carte de cocktails d’un bar à Paris, à Pigalle, pour l’automne 2026.

Que pensez-vous de la tendance du low et sans alcool ?

C’est très important de pouvoir travailler les cocktails en version « miroir » sans alcool pour les femmes enceintes, pour celles qui ne peuvent pas boire d’alcool, qui n’aiment pas ça ou qui n’en boivent pas pour des raisons religieuses. C’est important de pouvoir décliner le cocktail en version sans alcool, avec le même goût, la même odeur, la même texture que celui avec de l’alcool. C’est un exercice qui n’est pas facile, mais avec les produits de certaines marques, comme Giffard, on arrive à reproduire des saveurs. Le low alcool est également absolument fabuleux. Mon cocktail préféré est le dry martini mais en super, super dry. Il y a plusieurs techniques pour y arriver. C’est intéressant de montrer à la clientèle qu’il n’est pas nécessaire de boire des cocktails très puissants pour avoir du goût et s’amuser.

Barman Pierre Munier

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

J’ai une vision du cocktail qui est proche de la gastronomie liquide. Je m’inspire des chefs-cuisiniers. Quand j’étais enfant, je n’avais pas des posters de chanteurs dans ma chambre, comme les autres enfants : j’avais des affiches d’Alain Ducasse et de Paul Bocuse. Aujourd’hui j’ai la chance de pouvoir côtoyer de très grands cuisiniers. Certains m’ont ajouté sur Instagram comme Jérôme Schilling [3 étoiles au Guide Michelin] ce qui est incroyable. Je m’inspire aussi des pâtissiers. Récemment j’étais avec Amaury Guichon sur un événement pour la sortie d’un nouveau sucre, Süvy créé par le laboratoire français Innovi. Il a 8 fois moins de calories que le sucre et est 100% naturel, C’est bluffant.
J’ai d’autres sources d’inspiration, comme le parfum. J’aime beaucoup me rendre chez Serge Lutens quand je viens à Paris, près du Jardin du Luxembourg.

Quelles techniques particulières utilisez-vous ?

Je travaille beaucoup avec la cuisson sous vide. Si je prends l’exemple du cocktail Espresso Martini, certains Barmen vont utiliser un rotovap pour obtenir un cocktail clarifié, mais c’est très long, alors que vous pouvez utiliser de l’huile la plus neutre possible, une huile de tournesol par exemple, dans laquelle vous mettez du café et vous laissez infuser pendant deux heures. Vous la mettez ensuite en sous vide. C’est plus pratique à utiliser.

Le Mojito reste le cocktail le plus consommé en France. Comment le préparez-vous ?

J’ai dû faire 100 000 Mojitos dans ma vie. Ce qui est intéressant c’est de le faire découvrir avec d’autres ingrédients ou techniques : au shaker, avec un peu d’Angustura et du champagne. Mais ce qui me dérange c’est qu’en France on ne sait pas le faire : on met une tonne de sucre, les citrons sont pilés. À Cuba c’est différent : c’est 2 à 3 cl de rhum, pas plus, du sucre en poudre et beaucoup d’eau pétillante : 12cl. C’est un cocktail qui doit être très rafraichissant.

Pouvez-vous me décrire les cocktails pour lesquels vous avez reçu le titre de champion du monde de cocktails 2025 ?

Le cocktail de la sélection, dans la catégorie long drink s’appelle « La Trevesia ». Je l’ai fait avec 3 cl de Cutty Sark. Je me doutais que 80% des autres Barmen allaient mettre de la pêche dedans. Ne me demandez pas pourquoi, c’est comme ça : pêche, abricot, c’est toujours un fruit jaune pour aller avec du whisky. Donc, je devais casser complètement les codes pour me démarquer. J’ai donc travaillé Cutty Sark comme un cocktail avec un single malt. J’ai ajouté 1,5 cl de Mezcal Montelobos, ce qui a apporté un côté a très fumé, tourbé. Cela a complètement dénoté par rapport aux autres. J’ai mis 1,5 cl d’Apérol et 1 cl de sirop de la passion Monin. Et j’ai ajouté un jus maison avec de l’ananas victoria, une sauce épicée type Tabasco, du jus de citron vert et un peu de sucre.
Il faut toujours penser au jury, particulièrement s’il y a des personnes âgées, et en IBA c’est assez souvent le cas. Ces personnes aiment bien les anciens cocktails assez ronds et pas trop piquants.

Le cocktail de la finale s’appelle The Door of Paradise. Je l’ai appelé comme cela pour mon discours. J’ai expliqué que c’était ma dernière compétition et que j’espérais que ce cocktail allait me faire franchir les portes du paradis.

J’ai mis 4,5 cl de rhum Santa fe 8 ans. On peut le reproduire avec un Saint James 7 ans. Puis j’ajoute 1 cl d’Apérol et 0,5 cl de sirop Spicy Mango Monin. Attention c’est important de mettre la version épicée car cela donne une belle longueur, puis 1 cl de jus de lime, 2 cl de Peychaud’s bitters. J’ai fait un sirop maison d’amande avec du lait d’amande torréfiée de chez Alpro dans lequel j’ai fait infuser des épices sud-américaines, cannelle, badiane, poivre de Jamaïque, piment de Jamaïque, avec des écorces de citron et d’orange et du sucre. J’ai fait une infusion dans le lait à 50 degrés. Je l’ai mis sous vide.

J’ai shaké sur un gros glaçon. Mon cocktail était assez sucré. Quand on fait une compétition, il faut bien faire attention au pays où cela se passe. En Colombie, il faisait 37 degrés avec 80% d’humidité. Donc quand vous faites un cocktail, il faut anticiper qu’il ne va pas être dégusté tout de suite et qu’il va y avoir de la dilution donc il faut sucrer un peu plus que si le cocktail était servi tout de suite.

Pierre Munier champion du monde de cocktails 2025

Interview réalisée le 16/12/2025

Pour contacter Pierre Munier : www.elitebarsolutions.eu

Pour aller plus loin

Site internet réservé à des personnes majeures

L'ABUS D'ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.

Centre de préférences de confidentialité

Essentials

Analytics